Au cours des dernières décennies, la stratégie nationale sur la monétique mise en place au Maroc a permis de déclencher une transformation sans précédent sur les moyens de paiements physiques et digitaux tout en renforçant la sécurité de ces derniers.

Avec les évolutions technologiques, l’arrivée de nouveaux acteurs et la dématérialisation des processus, cette révolution met le secteur face à de nombreux challenges qui nécessitent une réelle adaptation aux changements rapides des habitudes de consommation des utilisateurs et aux attentes qui les accompagnent.

Dans le premier article de cette série sur les commerces traditionnels de Casablanca, nous avons examiné les profils et les besoins de ceux qui les tiennent. Nous nous intéressons maintenant aux modes de paiement qu’ils utilisent aujourd’hui pour imaginer ceux qu’ils proposeront demain. Le cash est roi, ce n’est pas un secret, nous nous sommes donc plutôt intéressés à l’utilisation de deux autres méthodes de paiement : les Terminaus de Paiement Éléctroniques (ou TPE) et les crédits accordés sans frais à leurs clients.

Quelques chiffres-clés sur la monétique au Maroc

Pour bien comprendre le contexte dans lequel s’inscrit cet article, commençons par voir les chiffres-clés de la carte bancaire au Maroc.

Millions de carte

Millions de transaction

Milliards de DH

%

de part en volume

Milliards de DH

Le nombre de cartes en circulation a atteint 15,1 millions* en 2018. Soit une croissance de +7,2% par rapport à 2017. 14,3 millions de ces cartes sont des cartes de paiement et de retrait.

68 millions* de paiement, par carte marocaine ou étrangère, ont été effectués en 2018 auprès des commerçants et e-commerçants affiliés au CMI, observant une croissance de 27,2% par rapport à 2017.

La valeur des paiements par cartes, marocaines et étrangères, a atteint 38,5 milliards de dirhams* en 2018, enregistrant une croissance de 20,6% par rapport à 2017.

La grande distribution détient 26,4% du volume* des paiements par carte (uniquement les cartes marocaines).

Le montant de cash en circulation a atteint 232 milliards de DH en 2017, en progression de 5% par rapport à 2016.

Seuls 6% des commerçants se disent prêts à accompagner ce changement

Malgré des chiffres qui témoignent d’un avenir prometteur pour la monnaie scripturale, les commerçants ne sont pas intéressés par ces méthodes modernes de paiement.

Parmi les commerçants interrogés, presque aucun ne dispose de TPE et seuls 6% sont prêts à en installer un à l’avenir. Les commerces des quartiers huppés (10%) et ceux de grande taille (11%) se disent davantage intéressés.

%

Seriez-vous prêt à installer un TPE ?

La “non-bancarisation” des clients est le principal frein

Lorsqu’on leur demande pourquoi ce manque d’intérêt pour un mode de paiement qui semble pourtant être celui de l’avenir, la réponse est d’abord liée à leur clientèle et à ses besoins.

  • La plupart de mes clients ne sont pas bancarisés 46% 46%
  • Je ne suis pas intéressé 31% 31%
  • Commission trop élevée 17% 17%
  • Je ne suis pas bancarisé 5% 5%
  • Clients analphabètes 3% 3%
  • Les clients paient espèce 2% 2%

En effet, 46% des commerçants qui ne souhaitent pas installer un TPE évoquent la “non-bancarisation” de la plupart de leurs clients.

De façon tout à fait contre-intuitive, c’est davantage le cas dans les quartier quartiers huppés où ce taux monte à 69%. En réalité, ce résultat n’est pas si étonnant car ce sont probablement les employés de maison et les enfants qui fréquentent le plus souvent ces commerces, et plus rarement les chefs de ménage.

Vente à crédit, une des forces des commerces traditionnels

Un autre phénomène propre au Maroc et à ces marchands est le crédit qu’ils accordent souvent à leurs clients, un crédit souple et gratuit dont les modalités sont souvent discutées au cas par cas avec les clients. On comprend alors la raison numéro puisque la monnaie scripturale a déjà une place bien installée dans les carnet de comptes de ces épiciers.

7 commerçants sur 10 font crédit à leurs clients…

%

Selon notre étude, 7 commerçants sur 10 affirment faire crédit à leurs clients. Ce résultat diffère légèrement selon le niveau social du quartier, puisque cette proportion s’établit à 78% dans les quartiers populaires contre 66% dans les quartiers huppés.

On peut aussi légitimement se demander si ces commerçants favorisent les ventes de certaines produits ou de certaines marques lorsqu’ils proposent cette facilité de paiement.

…dont 2 favorisent la vente de certaines marques

%

Parmi ces commerçants qui accordent des facilités à leurs clients, 17% favorisent la vente de certaines marques quand l’achat est fait à crédit.

L’évolution est en marche, mais quelle direction prendra-t-elle?

Aujourd’hui les méthodes de paiement et les crédits “traditionnels” satisfont toujours les consommateurs marocains faisant par là même la force des commerces traditionnels. Cependant, les nouveaux comportements d’achat et l’apparition de modes de paiement inédits comme le lancement de cartes de paiement à débit différé, par les banques comme par les GMS, sont autant d’éléments précurseurs de bouleversements profonds pour les années à venir.

Il faut aussi mentionner le développement du paiement mobile régi par la circulaire N° 392-W-2018 de Bank Al Maghrib en novembre 2018. À la fois facile d’utilisation et peu coûteux (absence de terminal, commission plafonnée à 0.5%, exonération du droit de timbre…), il pourrait constituer une nouvelle étape dans l’inclusion bancaire et dans la modernisation des commerces traditionnels.

Les marocains vont-ils adhérer massivement à ce nouveau mode de paiement ? Et si le cas, les petits commerces survivront-ils à ces changements ? Seul l’avenir nous le dira.

Dans notre prochain article, cette étude de marché sur les épiciers prendra la direction d’un secteur qui attire beaucoup l’attention ces derniers temps : les eaux en bouteilles. Si les performances commerciales et opérationelles des marques principales qui constituent cet oligopole vous intéresse, rendez-vous dans 2 semaines.

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Méthodologie d'enquête

Mode de recueil : Face à face

Période de réalisation du terrain : du 4 au 18 Avril 2019.

Lieu de réalisation de l’enquête : 16 quartiers de Casablanca.

Échantillon : 410 commerces.

Détail des quotas

1-Quartier:

Quartier % Echantillon
2 Mars 5% 20
Ain Sbaa 4% 17
Beauséjour 7% 29
Bourgogne 6% 24
Derb sultan 8% 34
Gauthier 5% 19
Hay Hassani 6% 25
La Gironde 8% 31
Maarif 7% 30
Mers sultan 7% 29
Oulfa 7% 30
Q des hopitaux 7% 30
Racine 2% 10
Sbata 7% 29
Sidi Maarouf 6% 26
Total 100% 410