

Ils sont plus de dix millions. Jeune, diverse, portant en elle les contradictions et les promesses d’un pays en mouvement. La jeunesse marocaine âgée de 15 à 30 ans, telle que la recense le RGPH 2024 du Haut-Commissariat au Plan, n’est ni un bloc uniforme ni un simple chiffre démographique. Elle est un continent à part entière, avec ses fractures, ses élans, ses silences et ses ambitions.
Afin d’en saisir la complexité, nous avons mené pour L’Économiste une enquête exclusive auprès de 1 056 jeunes à travers le Royaume, complétée par douze focus groups à Casablanca.
Au-delà des priorités (santé, éducation, emploi), cette édition explore aussi les grandes questions qui traversent le quotidien des jeunes: leur rapport aux réseaux sociaux, à l’IA, aux relations, à la politique, à l’argent et à l’avenir. Elle aborde également, des sujets plus sensibles tels que la polygamie, l’homosexualité, le hijab ou encore l’égalité dans l’héritage.
Cette étude s’inscrit dans la continuité des éditions précédentes menées en 2011, 2018 et 2022, et connaît en 2025 une nouvelle actualisation pour capter les mutations profondes d’une génération en constante évolution.
Branchés mais conservateurs
C’est le paradoxe que pointe le titre de cette édition, et il n’est pas anodin. La jeunesse marocaine consomme TikTok, ChatGPT, Instagram et les podcasts de self-improvement, parfois depuis des zones rurales sans eau courante stable. Elle rêve de la France et de l’Allemagne, mais 90% d’entre elle se dit optimiste quant à son avenir. Elle réclame plus de libertés individuelles pour les femmes, tout en étant à 77% contre l’égalité dans l’héritage. Elle est en ligne, mais reste ancrée dans des valeurs que ni les algorithmes ni la mondialisation n’ont entamées.
Ce n’est ni de l’incohérence ni de la contradiction. C’est une génération qui navigue entre deux mondes et qui s’est construit sa propre boussole.
Quatre profils, une seule urgence
Grâce à une segmentation avancée par clusters latents (méthode K-means, niveau de confiance 95%), l’enquête isole quatre profils aux réalités radicalement différentes.

Les Cultivés accomplis (18%): incarnent ce que le système peut produire de meilleur quand il fonctionne. Urbains, insérés, numériquement matures, ils intègrent l’intelligence artificielle dans leur quotidien, épargnent avec méthode et choisissent de construire au Maroc plutôt que de le quitter. Engagés bien au-delà de la moyenne, ils sont, potentiellement, les mentors et entrepreneurs de demain.

Les Modestes déterminés (30%): avancent avec la foi chevillée à l’éducation, unique levier d’ascension sociale à leurs yeux. Encore dépendants de leur famille, souvent précaires, ils attendent de l’État les passerelles concrètes entre formation et emploi que personne ne leur a encore véritablement tendues.

Les Émergents cosmopolites (18%): naviguent à l’aise entre les langues, les cultures et les plateformes. Hyperconnectés, plurilingues, tournés vers l’international, ils sont la vitrine d’un Maroc connecté au monde. Leur potentiel de rayonnement multiculturel est réel mais leur retour, s’il doit avoir lieu, reste conditionnel.

Les Conservateurs réservés (34%): groupe majoritaire, vivent à l’écart du bruit numérique et des débats de société. Ancrés dans le monde rural, confrontés à une précarité silencieuse, ils formulent des aspirations simples et légitimes : un revenu stable, une vie paisible, un avenir pour leurs proches.
Ce que l’enquête dit au fond
La famille reste le seul filet qui tient. 71% des jeunes déclarent pouvoir compter sur leur entourage en cas de difficulté. L’État, lui, est loin dans les esprits autant que dans les faits. 96% des jeunes n’appartiennent à aucun parti ni association. 87% n’ont pas voté aux dernières élections.
Côté urgences, trois chantiers s’imposent sans ambiguïté: la santé (citée par 69%), l’enseignement (56%) et l’emploi (48%). Trois chantiers que chaque édition de cette enquête reconduit et dont l’urgence, justement, ne faiblit pas.
Le chômage des 15-24 ans atteint 37,2% en 2025, en légère hausse. Ceux qui travaillent ne sont pas pour autant à l’abri: moins d’un jeune actif sur deux se dit satisfait de son emploi. L’argent ne suffit plus à faire le mois. Et l’épargne pour 68% des jeunes n’est tout simplement pas une option.
Une édition à lire, à partager, à méditer
Cette nouvelle édition de l’Enquête L’Économiste-Sunergia est disponible en accès complet gratuitement. Elle ne se contente pas de radiographier une tranche d’âge: elle pose les questions que le Maroc ne peut continuer à différer. Qui sont ces jeunes? Que veulent-ils réellement? Et surtout: qu’est-ce que le pays leur doit?
Les réponses sont dans les données. Et dans les témoignages. Ce jeune actif rural qui dit travailler pour finir le mois, cette lycéenne du public qui apprend mieux chez elle que dans sa classe, ce chômeur qui attend depuis quatorze mois que quelque chose bouge.
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Méthodologie d'enquête
Mode de recueil : Focus groups et Enquête en Face à Face sur système CAPI.
Période de réalisation des appels : Du 16 au 30 Juin 2025
Lieu de réalisation de l’enquête : Maroc
Échantillon : 1056 jeunes marocains ont été interrogés soit une marge d’erreur maximale +/- 3%. Ils sont répartis d’une manière représentative de la population marocaine âgée de 15 à 30 ans ( RGPH HCP 2024). La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (genre, âge, milieu, CSP et régions).
Détail des quotas
1-Sexe :
| Sexe | Structure de la population mère (HCP) | Structure de l’échantillon |
| Homme | 50% | 51% (536) |
| Femme | 50% | 49% (520) |
| Total | 100% | 100% (1056) |
2- Tranche d’âge :
| Tranche d’âge | Structure de la population mère (HCP) | Structure de l’échantillon |
| 15-20 ans | 29% | 28% (296) |
| 21-25 ans | 37% | 38% (402) |
| 26-30 ans | 34% | 34% (385) |
| Total | 100% | 100% (1056) |
3- Milieu d’habitation:
| Milieu | Structure de la population mère (HCP) | Structure de l’échantillon |
| Urbain | 65% | 66% (696) |
| Rural | 35% | 34% (360) |
| Total | 100% | 100% (1056) |
4- Catégorie socio-professionnelle:
| CSP* | Structure de la population mère (HCP) | Structure de l’échantillon |
| A/B | 13% | 15% (152) |
| C | 56% | 54% (567) |
| D/E | 31% | 31% (337) |
| Total | 100% (1000) | 100% (1056) |
5- Région:
| Régions | Structure de la population mère (HCP) | Structure de l’échantillon |
| Casa-Settat-El Jadida | 20% | 18% (194) |
| Rabat-Salé-Kénitra | 13% | 13% (136) |
| Tanger-Tetouan-Alhoceima | 11% | 12% (127) |
| Oriental | 7% | 8% (85) |
| Béni Mellal-Khenifra | 7% | 7% (69) |
| Fes-Meknes | 13% | 12% (123) |
| Draa-Tafilalet | 5% | 5% (57) |
| Marrakech-Safi | 13% | 12% (128) |
| Souss-Massa | 8% | 9% (100) |
| Région du sud | 3% | 4% (37) |
| Total | 100% | 100% (1056) |

